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Sahara-Occidental : Le Maroc remonte sur le ring africain



Le royaume chérifien, qui boudait depuis plus de trente ans l’Union africaine en raison de sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique, pourrait réintégrer l’organisation le 30 janvier. Mohammed VI a récemment multiplié ses déplacements sur le continent, espérant rallier de nouveaux pays à sa cause.



Est-ce la fin d’une bouderie diplomatique qui dure depuis trente-deux ans ? Le 12 novembre 1984 à Addis-Abeba (Ethiopie), au cours du 20e sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), le Maroc annonçait sa décision de quitter l’institution pour protester contre l’arrivée d’une délégation de la République arabe sahraouie démocratique (Rasd). Ce même jour, l’Etat autoproclamé en 1976 par le Front Polisario siégea en effet pour la première fois en tant que membre de plein droit de l’OUA. Un affront insupportable pour Rabat, qui considère depuis toujours les 266 000 km2 du Sahara-Occidental, ancienne colonie espagnole, comme une partie de son territoire national historique et contrôle aujourd’hui 80 % de sa superficie.

Le 30 janvier prochain, après une parenthèse de trois décennies, le royaume chérifien pourrait se rasseoir à la grande table de l’OUA, devenue en 2002 l’Union africaine (UA). Mohammed VI a en effet annoncé cet été sa volonté que le Maroc réintègre «sa place naturelle». «Après réflexion, il nous est apparu évident que, quand un corps est malade, il est mieux soigné de l’intérieur que de l’extérieur», a expliqué le monarque, égratignant au passage l’institution panafricaine tout en prenant acte de l’échec de la politique de la chaise vide.

«Dans leur recherche d’une issue au conflit du Sahara, les Marocains se sont rendu compte de l’utilité de l’UA. Par le passé, en 1963, la guerre des sables entre le Maroc à l’Algérie avait trouvé un dénouement grâce à la médiation de l’OUA, analyse Khadija Mohsen-Finan, politologue à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Ça finit par desservir le Maroc d’être en dehors de l’organisation. Rabat a longtemps cru que le soutien de la France et des Etats-Unis lui suffirait, mais ça a été une erreur stratégique.» La République arabe sahraouie démocratique n’est pas reconnue par l’ONU, ni par l’Union européenne, ni par aucun pays membre du Conseil de sécurité. Seule l’UA s’obstine à considérer la Rasd comme un Etat à part entière. En soutien à la lutte du Front Polisario pour «le droit à l’autodétermination du peuple du Sahara-Occidental» et, historiquement, par solidarité anti-coloniale.

L’Algérie, parrain assumé du Front Polisario, est bien sûr le fer de lance de cette bataille contre son vieux rival marocain, avec deux autres poids lourds du continent, l’Afrique du Sud et le Nigeria. Les camps de réfugiés sahraouis, oubliés dans le désert de Tindouf depuis quatre décennies, comptent environ 150 000 personnes, selon les autorités algériennes. Le conflit entre les deux voisins a conduit à la fermeture de leur frontière commune, en 1994, et paralyse depuis toute tentative de construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

«Le Maroc est géographiquement enfermé au fond du monde arabe, décrit Pierre Vermeren, lui aussi chercheur à Paris-I. Jusque-là, il se tournait plutôt vers l’Europe. Or, depuis la crise économique de 2008, cette voie-là est bouchée. Rabat a compris que désormais, les marchés sont au Sud. Il y consacre 10 % à 15 % de son commerce extérieur, mais c’est un chiffre en forte croissance.» Mohammed VI, qui a accédé au trône en 1999, a conçu et piloté ce virage diplomatique. «Nous ne sommes ni totalement arabes, ni totalement méditerranéens, ni totalement africains, commente Khalid Chegraoui, de l’Institut des affaires africaines de Rabat. Il y a un nouvel équilibre à trouver. Le roi a exploré des pistes diplomatiques inédites, il a même visité des pays qui reconnaissent la Rasd, ce qui était impensable auparavant.»

Coup de maître

La demande officielle de réintégration de l’UA, déposée le 22 septembre, a été précédée d’une tournée royale très remarquée sur le continent. Notamment en Afrique de l’Est et en Afrique centrale (Rwanda, Tanzanie, Ethiopie, Zambie, Nigeria), loin de son aire d’influence habituelle, l’Afrique de l’Ouest francophone. C’est l’une des lignes de faille de la géopolitique souterraine de l’Union africaine : les pays anglophones sont quasiment tous des défenseurs de la Rasd. Si le souverain marocain aura bien du mal à les convaincre de renoncer à reconnaître l’Etat sahraoui, il peut en revanche tenter d’arracher, a minima, leur neutralité sur certains votes cruciaux de l’institution.

Car personne n’est dupe. Le retour du Maroc au sein de l’UA va soudainement réchauffer le vieux dossier gelé du Sahara-Occidental. Chaque camp recompte donc ses soutiens en prévision des luttes à venir. Dans l’enceinte de l’institution panafricaine, chaque pays dispose d’une voix. Or l’aura des piliers de l’UA - l’Algérie, l’Afrique du Sud - a bien pâli. Une nouvelle génération, qui n’a pas connu les luttes d’indépendance africaines, émerge, oublieuse des références héroïques des débuts de l’OUA. La diplomatie moderne, extrêmement active, de Mohammed VI, a commencé à faire bouger les lignes. Le roi a fait de l’économie, de l’écologie et de l’islam - en tant que Commandeur des croyants, il a une influence traditionnelle sur une partie de l’Afrique de l’Ouest - ses principaux vecteurs de pénétration du continent.

«Le Libyen Kadhafi est mort, l’Algérien Bouteflika est fossilisé, le Sud-Africain Zuma est empêtré dans des affaires de corruption, relève Khalid Chegraoui. Bien sûr que le Maroc apparaît maintenant en position de force.» D’autant que la chute des prix du pétrole a tari les pétrodollars de l’Algérie ou du Nigeria, les privant d’un autre levier d’influence sur les pays africains. A l’inverse, «dans le secteur bancaire, dans l’agroalimentaire ou dans le BTP», Rabat a des ambitions et «les moyens de se développer», note Pierre Vermeren. «Le Maroc a des produits et des ingénieurs à exporter, or il ne peut pas les envoyer en Europe, poursuit Khadija Mohsen-Finan. Il y a des marchés à prendre en Afrique, et Rabat en profite pour renouer avec une tradition millénaire d’influence économique et religieuse dans la région.»

En théorie, rien ne peut barrer la route du retour du Maroc dans l’UA. D’après l’article 29 de son Acte constitutif, «l’admission [d’un nouvel Etat] est décidée à la majorité simple des Etats membres». Soit 28 pays. Or 28 pays membres de l’UA ont déposé une motion, lors du précédent sommet, en juillet, «saluant la décision du royaume du Maroc d’intégrer l’UA» et décidant «d’agir en vue de la suspension prochaine de la Rasd des activités de l’UA». Un coup de maître pour la diplomatie marocaine, un coup de tonnerre pour le Front Polisario.

Pourtant, cinq mois plus tard, une certaine nervosité s’est installée. Les juristes de l’instance panafricaine débattent toujours des conditions précises d’adhésion du Maroc, et certains - à commencer par le conseiller juridique de l’UA - suggèrent que celle-ci doit être sanctionnée par un vote de la Conférence de l’Union africaine, comme prévu par l’article 9 de l’Acte constitutif. Or la Conférence «prend ses décisions à la majorité des deux tiers». Ce qui changerait la donne pour Rabat. Car 36 voix, et non plus 28, seraient dès lors nécessaires. L’adhésion resterait toutefois à portée de la diplomatie marocaine, estiment les observateurs. Par ailleurs, Rabat accuse la présidente de la Commission de l’UA, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, de faire volontairement traîner la procédure.

Dans tous les cas de figure, le Maroc ne peut pas conditionner son retour à l’expulsion de la Rasd : les deux mécanismes sont dissociés. D’ailleurs, à ce jour, l’UA ne prévoit que deux formes d’exclusion d’un Etat membre : ou bien le retrait volontaire (comme pour le Maroc en 1984) ou bien la suspension quand un «gouvernement accède au pouvoir par des moyens anticonstitutionnels». Rabat pourrait donc rejoindre l’Union africaine… sans obtenir le départ de la Rasd. Soit un retour en arrière de trente-deux ans.

«Entité fantoche»

«C’est finalement assez maladroit : le Maroc a voulu consacrer son retour en Afrique par un siège à l’UA, mais cela pourrait se transformer en piège», juge Pierre Vermeren. Comment imaginer, en effet, Rabat siéger aux côtés de la Rasd à Addis-Abeba ? Le contentieux du Sahara est un totem intouchable, un enjeu de fierté nationale, et le royaume refuse tout contact avec ce qu’elle nomme la «pseudo-Rasd». Le 23 novembre, les diplomates marocains ont ainsi claqué la porte du sommet Afrique-Monde arabe, à Malabo, en Guinée-Equatoriale, «à cause de la présence de l’emblème d’une entité fantoche [un drapeau de la Rasd, ndlr]dans les salles de réunions». L’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le sultanat d’Oman, la Jordanie, le Yémen et la Somalie lui ont emboîté le pas, ruinant la réunion internationale.

«Malabo a prouvé que le Maroc ne respecte pas les règles du jeu, attaque le représentant du Front Polisario à Paris, Oubi Bouchraya. Nous-mêmes, nous n’avons pas de problème avec son retour au sein de l’UA. Mais il risque de transformer les sommets de l’UA en bagarre perpétuelle sur le Sahara. Je ne crois pas que l’organisation, qui reste majoritairement solidaire de la Rasd, ait très envie de prendre ce risque.» Certes, ces dernières années, le Maroc a convaincu une poignée d’Etats de s’aligner sur ses positions et gagné un peu de marge, mais insuffisamment pour bousculer les grands équilibres de l’UA. «En réalité, le royaume n’avait pas besoin de conditionner son retour au départ de la Rasd, ajoute Khadija Mohsen-Finan. Sur le terrain, le Front Polisario est affaibli. Le mouvement clame toujours "l’autodétermination ou la mort", mais s’est coupé de beaucoup de Sahraouis, plus pragmatiques, qui seraient prêts à négocier une autonomie du territoire [à l’intérieur du Maroc, ndlr] à condition qu’ils puissent mettre en avant leur identité, disposer de leurs ressources, et être représentés par des Sahraouis élus et non choisis par Rabat.

Il faut que les deux protagonistes puissent dessiner ensemble les contours de cette autonomie, pour qu’aucun ne soit considéré comme vaincu. Seule cette solution a une chance d’aboutir.» Seulement, cette solution requiert au préalable une décrispation des acteurs. Or le drôle de retour du Maroc à l’UA semble pour l’instant bien contre-productif, tant il rend nerveux les diplomates africains.

Celian Macé/Libération

LAOTRAVOZ.INFO
Samedi 31 Décembre 2016

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