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Au Cameroun et au Nigeria, l’impossible accès humanitaire aux victimes de Boko Haram





Le périple de Khadija a pris fin à Kolofata, dans la région camerounaise de l’Extrême-Nord. Cette Nigériane a marché durant des jours pour fuir Boko Haram, qui a tué son mari. Elle a franchi la frontière du Nigeria, officiellement fermée, et s’est échouée dans ce camp improvisé, où il n’y a rien à manger et pas de soins disponibles.

« De toute façon, on est déjà morts », lâche-t-elle simplement, entourée de ses sept enfants affaiblis. Par mesure de sécurité, elle n’a pas le droit de circuler dans la ville ni de continuer sa route. Les djihadistes continuent de semer la terreur à Kolofata, frappée par sept attentats-suicides ces douze derniers mois.

« Désastre majeur » annoncé

Combien sont-ils, comme elle, inaccessibles aux agences humanitaires, au bout de routes minées ou rendues impraticables par la saison des pluies, coincés entre la secte terroriste et les mouvements de trois armées de la région : Tchad, Nigeria, Cameroun ? Côté nigérian de la frontière, on parle de 800 000 déplacés, dont beaucoup de femmes et d’enfants, regroupés dans une vingtaine de « camps » au milieu de villes en ruines, gérés par des forces armées nigérianes débordées, démunies et peu habituées à venir en aide à des populations affamées. Plutôt que de camps, certains parlent de mouroirs : le taux de malnutrition varie de 13 % à 40 %. Plus largement, selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), deux millions de personnes sont menacées par de graves pénuries alimentaires dans le nord-est du pays. Le 1er juillet, l’Unicef avait prévenu que 250 000 enfants de moins de 5 ans allaient souffrir de malnutrition sévère extrême dans l’Etat de Borno cette année, dont 50 000 risquent même de mourir si rien n’est fait.

Côté camerounais de la frontière, la situation n’est pas beaucoup plus réjouissante. Il y a deux populations distinctes : les déplacés internes, 170 000 personnes, dont un quart ne reçoit aucune aide. Et les réfugiés en provenance du Nigeria, estimés à 100 000 personnes, dont une grande partie, 65 000, sont entassés dans le camp de Minawao, créé à l’été 2013 sur une plaine désertique à 70 km de Maroua, pour accueillir au maximum 20 000 personnes. Le gouvernement camerounais, qui accueille déjà 259 000 Centrafricains réfugiés de l’autre côté du pays, n’a pas donné suite à la demande de la communauté internationale de mise à disposition d’un second site.

« Tous les ingrédients sont réunis pour un désastre majeur », énonce, lugubre, Bruno Jochum, directeur de Médecins sans frontières (MSF) Suisse. L’organisation dénonce la stratégie des armées des trois pays consistant à vider des zones entières pour regrouper les populations dans des camps sans aucune assistance. « Déplacements forcés, insécurité alimentaire accompagnée parfois d’interdictions de planter ou de pêcher, peu ou pas d’accès humanitaire depuis deux ans, poursuit le responsable de l’ONG. Cela fait longtemps que nous n’avons pas vu de telles conditions, et c’est aujourd’hui la situation humanitaire la plus dramatique à laquelle nous sommes confrontés. »

Sauver ses enfants

Adja et Fata, deux Camerounaises de la région de Kolofata, ont elles aussi marché longtemps sous un soleil de plomb pour sauver leurs enfants maigres et décharnés. Elles ont réussi à atteindre l’hôpital de Mora fraîchement réhabilité par MSF. Aucun homme : ils sont morts ou combattent dans les rangs de Boko Haram. Sur le bord de la route, Adja, une cultivatrice aux mains calleuses, a trouvé un bébé. « Je ferai tout pour qu’elle vive, dit-elle. Je la considère comme mon neuvième enfant. » A ses côtés, Fata fixe les yeux vitreux de sa petite-fille, dont la mère a été tuée par les djihadistes.

« Toute la zone sud du bassin du lac Tchad est frappée par une malnutrition aiguë, raconte l’un des neuf médecins de Mora. Et la situation ne cesse de s’aggraver, le taux de mortalité infantile est très élevé dans la région, mais l’accès à de nombreuses zones reste encore trop risqué. »

Pour le moment, les ONG, qui n’emploient dans la région, par mesure de sécurité, que des employés africains, principalement tchadiens et camerounais, se refusent à se déplacer sous escorte de l’armée dans les zones où sévit Boko Haram. « C’est un principe de base pour nous, de ne pas être assimilés à l’un des acteurs du conflit et de préserver notre neutralité, explique Bruno Jochum. Mais, face à la gravité de la situation, une réflexion est entamée. Nous n’excluons plus de faire des exceptions pour atteindre des populations qui n’ont parfois pas eu d’aide depuis dix-huit mois. »

Même inquiétude du côté du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « Cette catastrophe humanitaire est très difficile à gérer de par les problèmes d’accès aux zones et la difficulté d’élargir nos rayons d’action vers le lac Tchad, où la situation est préoccupante », dit Simon Brooks, chef de délégation du CICR à Yaoundé. Ce jour-là, ses équipes ont tenté de rallier Makari, porte d’entrée vers la partie camerounaise du lac Tchad, abritant un « secteur » de la Force multinationale mixte (FMM) qui mène des opérations depuis plusieurs semaines. Mais l’état de la route en déréliction, inondée par les pluies, les a contraints à rebrousser chemin. « Nous concentrons nos efforts sur la zone du lac Tchad, encore peu accessible, et où il faut se faire accepter par des populations qui n’ont parfois jamais vu un humanitaire de leur vie », indique un membre de son équipe.

Aveuglement des autorités locales

« On reste aveugle sur une grande partie du sort des populations dans les zones où se déroulent les combats », poursuit Bruno Jochum. De fait, les urgences ne cessent d’apparaître au fil des avancées militaires. Depuis Maroua, la grande ville du nord du Cameroun, plusieurs ONG étudient les options pour acheminer de l’aide et des équipes du côté nigérian de la frontière, où les besoins urgents sont estimés à 300 tonnes de nourriture par jour. Mais les routes sont périlleuses, parsemées de trous et de mines, traversant des villages où Boko Haram dispose toujours de complicités et d’informateurs. Et il ne suffit pas de franchir la frontière. Côté nigérian, les autorités refusent encore de parler de « famine ».

« Les autorités locales nigérianes se refusent à voir le drame, ne veulent pas voir de tentes d’urgence et refusent de traiter les cas de malnutrition grave dans leurs hôpitaux, déplore un humanitaire qui fait des allers-retours à Maïduguri, la capitale de l’Etat de Borno, au nord-est du Nigeria. Or il y a d’autres cas aussi graves que Bama dans la zone. »

« Bama » a été un électrochoc. Mi-juin, le gouverneur de l’Etat de Borno, Kashim Shettima, s’est rendu dans cette ville fantôme où il ne reste plus que quelques soldats débordés par la gravité de la situation des 24 000 déplacés qui comptent chaque jour leurs morts. Il s’est décidé à évacuer 478 enfants sur les 15 000 qui y survivent et les a transférés à l’hôpital de Maïduguri, où les équipes médicales ont découvert que 39 % d’entre eux souffraient de malnutrition sévère. Un taux parmi les plus élevés de la planète.

En plus de la volonté politique, l’argent manque. « C’est une crise qui se déroule dans l’indifférence de la communauté internationale », tempête un humanitaire tchadien. L’Union européenne vient de promettre 58,2 millions d’euros, mais la plupart des donateurs sont frileux. « L’essentiel de l’attention va sur le Moyen-Orient, les réfugiés et les migrants en Europe alors que ce conflit a fait près de 3 millions de déplacés », regrette Bruno Jochum, de MSF. « Par le manque de financements, on tourne au ralenti, enchaîne Khassim Diagne, représentant au Cameroun du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Sur les 27,8 millions de dollars demandés par le HCR pour les réfugiés nigérians, seulement 14 % ont été financés pour 2016. »









Le Monde Afrique
Jeudi 21 Juillet 2016

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