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Putsch raté en Guinée Equatoriale :Interview exclusive de l'ancien Premier ministre Centrafricain"Anicet-Georges DOLOGUÉLÉ"



Par Jean Fernand Koena | RJDH
Correction lexicale, stylistique et orthographique : Sofia Van Den Broeck | LNC


nous savons très bien le degré de proximité de Touadera avec les putschistes en Guinée equatoriale



RJDH : Dans son dernier rapport la Banque Mondiale place la République Centrafricaine parmi les 4 pays les plus pauvres de la planète. Comment réagissez-vous à cela ?

Anicet-Georges DOLOGUÉLÉ : Je ne peux pas être fier de cela. Nous sommes des Centrafricains et c’est désolant de savoir que des 7 milliards d’être humains qui peuplent cette terre, nous sommes les derniers. Vous voyez, c’est un triste record qui est dû à plusieurs choses. D’abord, il y a cette insécurité qui en deux ans a envahi tout le pays. Mais également au fait qu’aucune stratégie n’est mise en place pour encourager les activités économiques, dans les quelques rares zones de sécurité qui restent encore, et que rien n’est fait pour encourager l’initiative privée centrafricaine.

Vous savez, pour sortir de la pauvreté, il faut créer des richesses. Pour créer des richesses, il faut organiser la création des richesses. C’est ce que j’ai toujours prôné. On dit souvent que je suis un libéral, mais s’il n’y a pas de richesses, qu’est-ce qu’on distribue aux populations ?

On ne leur distribue pas des discours et des promesses.

On ne passe pas le temps à leur dire que tout ira mieux demain pendant qu’on s’engraisse de jour en jour. Qu’on essaie de faire en sorte que la vie de la population s’améliore. Et cela est une démarche volontariste même dans les situations les plus compliquées. Il y a toujours des possibilités de faire fonctionner l’économie. Et donc, c’est une situation qui me désole. Ce n’est pas une fatalité parce que nous avons de la chance que le bon Dieu nous ait accordé tout ce qu’il faut pour réussir, nos ressources de sous-sol ou du sol, pour arriver à développer le pays.

Il nous faut résoudre ce problème de sécurité, et il nous faut réorganiser notre pays dans le sens de la création des richesses. Cela a deux avantages. Le premier, c’est que cela donne des emplois aux jeunes et deuxièmement les revenus permettent à notre pays de sortir du cercle de l’extrême pauvreté.

RJDH : Vous dites que rien n’a été fait alors que cela fait plusieurs décennies que cette situation perdure, ce qui fait que la RCA caracole après le Niger, le Malawi et autres. Est-ce que cette situation est le fait que le régime en place n’a rien fait ou bien c’est un problème structurel ?

AGD : C’est devenu un problème structurel. C’est à force de désorganisation de l’Etat que c’est devenu un problème structurel. Mais nous n’avons pas toujours été les derniers. Nous sommes devenus derniers petit à petit, ce n’est pas seulement ce régime. Mais vous voyez, prendre la décision, à presque 60 ans, de diriger un pays ça veut dire qu’on part du constat de tout ce qui s’est passé. On élabore des solutions et on impacte ces solutions sur le terrain.

On ne fait pas comme si on découvrait la déstructuration de l’Etat Centrafricain. Je ne découvre pas que nous sommes depuis plusieurs décennies dans un cycle qui nous a mené à la désorganisation totale des structures de l’Etat.

Nous nous engageons pour réorganiser l’Etat et donc réorganiser l’Etat précisément pour sortir de l’extrême pauvreté. Nous ne pouvons pas mettre cela comme slogan en disant : ce n’est pas ma faute, c’était là depuis avant que je n’arrive ! Tout cela veut dire quoi ? Comme c’était là, on va s’en passer de plus en plus. Je pense que ce n’est pas très responsable.

RJDH : Après le putsch manqué en Guinée Equatoriale, le Président Faustin Archange Touadera a fait un déplacement à Malabo, et dans une interview accordée à RFI le président Equato-Guinéen a affirmé que lors de sa rencontre avec Touadera, celui-ci lui a affirmé qu’il ne contrôlait pas tout le territoire. Aveu d’impuissance ou Real politik ?

AGD : Mais mon analyse c’est que les Centrafricains qui sont cités dans cette histoire ne font pas partie des Centrafricains qu’on ne contrôle pas.

Ceux qui sont cités sont plus que contrôlables par lui, parce que ce sont les hommes les plus proches du président.

RJDH : Vous voulez parler de Danzoumi et des Sani Yalo dans le cercle du Président Touadera ?

AGD : Les noms sont connus ! Donc il ne m’appartient pas de les répéter. Précisément il y en a un qui est l’homme de confiance absolue du Président Touadera. S’il va dire à son homologue qu’il ne le contrôle pas, c’est extrêmement grave. Qu’il dise qu’il ne contrôle pas les FACA ou soldats qui sont ça et là dans les quartiers de Bangui, cela est vrai. Mais dire qu’il ne contrôle pas les gens les plus proches de sa personne est une surprise pour nous.

Je pense que le Président Obiang Nguema est un homme plein d’expérience donc je ne veux pas commenter un peu plus que cela.

RJDH : Donc vous dites que c’est un leurre ?

AGD : Je pense qu’il fallait donner une réponse à cela, mais il a donné sa réponse. Mais vous et moi, nous savons très bien le degré de proximité qu’il a avec les commanditaires de cet acte ignoble.

RJDH : La ville de Paoua n’en finit pas de recevoir dans des familles d’accueil les déplacés de Babessar, Mia Pendé et autres, y compris Bocaranga qui risque même de replonger dans les violences. Alors les habitants accusent des éléments venus du Tchad pour massacrer les populations. Quelles sont vos dernières informations sur Paoua ?

AGD : Nous avons toujours préconisé et dit depuis un an au gouvernement, de ne pas envoyer les FACA dans les régions où il y a trop de violences. Il faut les envoyer dans les zones encore contrôlables. A l’issue de la mission des députés dans l’Ouham-Pendé, nous leur avons dit que l’Ouham-Pendé est encore contrôlable. Si vous y envoyez quelques centaines des FACA parmi ceux qui ont déjà reçu une formation, vous verrez que d’abord, ils vont se faire la main et ils vont très vite mettre de l’ordre. Cela a été méprisé.

Quand la Minusca a bien voulu intervenir à Bocaranga, nous avons réitéré cela, en disant que c’est bien ce qui s’est passé à Bocaranga. Mais une partie des groupes armés a été repoussée dans des zones où il y a toujours des populations, et cela posera toujours des problèmes. Il faut tout de suite mettre des FACA pour tirer un avantage de ce que la Minusca venait de faire. Mais nous n’avons pas été entendus.

Aujourd’hui c’est la conséquence de tout cela. On a laissé deux groupes armés qui cohabitaient ensemble sur le dos de la population, il faut le dire, commencer à se massacrer et ce sont les populations qui se déplacent par dizaines de milliers. C’est bien d’envoyer des ministres mais il faut des actions concrètes. Ne fut-ce que des actions humanitaires. Je ne dis pas que le gouvernement peut à lui seul résoudre tous les problèmes qui sont immenses.

Aujourd’hui d’autres bandits rentrent par un pays voisin parce que là où il y a du désordre quelque part, cela attire d’autres désordres encore. Il faut mettre fin à tout cela en combinant une action de la Minusca avec une installation d’un contingent suffisamment important de FACA pour décourager toute velléité.

RJDH : Vous êtes membre de la Commission Affaires Etrangères à l’Assemblée Nationale, au moment où la population de l’Ouham-Pendé pointe du doigt le Tchad. Qu’est-ce que vous faites pour qu’une solution soit trouvée à ce niveau ?

AGD : Pour les questions au gouvernement, nous avons appris que très bientôt cette commission va avoir lieu, et que le ministre des Affaires Etrangères est très avancé dans ces discussions. Je crois que les Tchadiens eux-mêmes sont demandeurs de cela. Il faut que nous puissions gérer ensemble les questions de transhumance. C’est un fait, nous avons du pâturage en abondance, eux ils ont du bétail en abondance. Donc chaque année à la même période, le bétail viendra et naturellement, on n’indique pas les lieux aux bœufs, mais ce sont les troupeaux eux-mêmes qui connaissent le chemin du pâturage.

Il faut que nous puissions ensemble organiser cette transhumance qui est annuelle, il faut revenir à la situation où chacune de ces parties bénéficie de cela. Les troupeaux des pays voisins viennent paître chez nous, et l’Etat bénéficie des retombées financières, les populations bénéficient aussi des retombées financières, chacun à sa place en termes de coopération économique dans cette activité du commerce de bétail.

RJDH : Toujours sur l’élan diplomatique, vous avez été à Bruxelles en votre qualité de député ACP-UE pour plaider le sort de la RCA lors de la Table ronde de Bruxelles. Un an et quelques mois après, le bilan fait état d’une mobilisation des ressources de moins de 15%. Qu’est-ce que cela vous inspire-t’il ?

AGD : Vous savez, j’avais déjà participé à beaucoup de tables rondes dans ma vie, et mené une ou deux tables rondes quand j’étais chef du gouvernement. C’est la première fois que la Communauté Internationale s’est autant mobilisée pour la RCA, parce que dans les autres pays africains, ce sont des montants beaucoup plus importants. Dernièrement à Paris, le Tchad a obtenu plus de 20 milliards de dollars alors qu’ils allaient chercher 7 ou 8. Cela veut dire que ce sont des annonces pour lequel l’Etat doit se dépêcher de monter des projets concrets.

S’il n’y a pas de projets concrets, ces annonces restent au niveau des annonces. Et savoir monter des projets concrets est un métier.

Et pendant une décennie à la BDEAC, monter des projets était mon métier, et nous faisions en sorte que ces projets deviennent bancables. Donc c’est une activité très précise pour laquelle, il faut la technicité requise, et il y’a dans ce monde beaucoup de cabinets qui ont le professionnalisme nécessaire pour monter rapidement des projets. Je n’ai pas compris pourquoi pendant toute une année, il n’a pas été fait appel à ces cabinets-là, pour commencer à mettre en chantier en termes de montage, la liste que le gouvernement brandit de projets qui pourraient être financés par le RCPCA. Cet argent n’attendra pas la RCA, il faudrait qu’on fasse vite pour qu’au moins rapidement quelques projets commencent à voir le jour de manière concrète.

RJDH : Certains proches du régime accusent l’Union Européenne d’avoir des procédures lourdes, ce qui justifierait les 10% obtenus et qu’aujourd’hui la mise en place du Secrétariat a traîné du fait de l’UE.

AGD : Nous vivons sur cette planète je suppose, et toutes les procédures des bailleurs de fonds sont connues. Elles n’établissent pas des procédures chaque fois qu’elles ont un client différent. Avant d’aller vers l’UE, la Banque Mondiale, le FMI et la BAD, toutes ces institutions, on connaît leurs procédures. Donc il faut s’organiser pour que ces procédures aillent vite. Je me souviens de quand j’étais président de la BDEAC, nous avions des procédures très strictes. Il fallait respecter ces procédures. Beaucoup de clients se plaignaient que, oui vous êtes trop lents, mais après, quand on allait au financement, ils étaient contents, parce que beaucoup de pré-requis étaient importants pour que les projets voient réellement le jour. On ne peut sauter des étapes quand il s’agit d’un projet.

RJDH : Vous êtes Président du groupe parlementaire URCA. Lors du vote du budget, vous avez refusé de donner votre quitus au budget de l’exercice 2018. Qu’est-ce qui explique cela ?

AGD : Mais je pense que par la suite, tout le monde nous avait donné raison. Un budget est une indication de la politique du gouvernement. Ce n’est pas seulement un exercice comptable. Le Premier Ministre a prononcé un discours qui a été approuvé à l’unanimité à l’Assemblée Nationale, et nous devons voir le déroulé de son programme à travers le budget de l’Etat. La deuxième chose est liée à ce que vous venez d’évoquer comme problème, le RCPCA. Nous ne pouvons pas comprendre que le budget de la deuxième année du RCPCA ne contienne que 45 milliards de financements sur 1400 milliards du RCPCA.

On n’a mis que 45 milliards de financements extérieurs dans ce budget.

Nous trouvions que le gouvernement se moquait des Centrafricains.

C’est pourquoi nous n’avons pas voté ce budget, parce que c’est un budget où l’on s’est contenté de reconduire les mêmes chiffres de la Présidente de la transition, et qui avait été reconduit l’an dernier avec une augmentation colossale. Des fonds spéciaux ont été reconduits encore cette année avec certaines baisses par ci, par là mais globalement les recettes budgétaires ont baissé. Ce qui n’est pas normal pour un pays qui aspire à sortir de l’extrême pauvreté.

Ensuite on n’a rien prévu pour préparer, je ne parle pas des armes, mais je parle de tout ce qu’il faut préparer pour les forces de défense et de sécurité afin d’être opérationnelles. Cela ne se voit pas sur le budget, et rien n’est prévu pour la jeunesse notamment, l’encouragement à la création des petites entreprises. En fait c’est un budget qui n’a aucune indication. Donc nous avons dit que ce n’était pas opportun pour nous de donner nos voix à ce type de budget.

Laotravoz.info (Avec la nouvelle centrafrique)

LAOTRAVOZ.INFO
Mardi 23 Janvier 2018

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